Entretien avec Odile Derouaisné et Joséphine Lequeux, référentes égalité à l’UAR POREA

Avr 3, 2026 | Actualité POREA

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Depuis le 1er mars 2025, Odile Derouaisné et Joséphine Lequeux sont officiellement nommées référentes égalités à l’UAR POREA. Leur rôle est donc d’œuvrer dans l’unité à la prévention et à l’accompagnement face aux discriminations et violences sexistes et sexuelles, tout en sensibilisant leurs collègues à ce sujet. Ainsi, elles nous présentent les actions qu’elles souhaiteraient mettre en place et pourquoi elles ont choisi de s’engager dans cette mission.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Joséphine Lequeux (JL) : Je suis la responsable technique locale des services nationaux d’observation (SNO) SOMLIT et COAST-HF à la station marine d’Arcachon. Cela fait maintenant 3 ans que je suis à l’Unité d’Appui et de Recherche « Pluridisciplinarité au service de l’Observation et de la Recherche en Environnement et Astronomie » (UAR POREA), dont un an comme titulaire du concours d’assistante ingénieure.

Odile Derouaisné (OD) : Je suis développeuse Web à l’UAR POREA depuis 2022, dans l’équipe « Donnée et développement logiciel » du pôle informatique. Je suis localisée dans le bâtiment B18N sur le campus Bordes à Pessac. Nous sommes toutes les deux référentes égalité à POREA depuis le 1er mars 2025, date à laquelle nous avons officiellement reçu notre lettre de mission.

JL : C’est une fonction sur la base du volontariat que nous avons choisi d’endosser. En effet, depuis quelques années maintenant, le CNRS a mis en place un plan d’action égalité et demande aux laboratoires de s’investir dans la réussite de cette mission. Ainsi, nous sommes les premières à l’UAR POREA mais au niveau national, le réseau est déjà bien ancré avec près de 500 référentes et référents égalité répartis dans toute la France !

 

En quoi consiste la mission de référente égalité ?

OD : La première mission d’un référent égalité du CNRS, c’est de pouvoir écouter, rassurer et conseiller les collègues confrontés à une situation de discriminations ou de violences sexistes et sexuelles. Nous sommes des intermédiaires, capables de faire le lien avec d’autres personnes ressources au CNRS ou à l’université de Bordeaux pour orienter vers la prise en charge la plus adaptée en fonction de la situation. Nous avons aussi un rôle d’information et de prévention, en faisant connaître les ressources et dispositifs existants, et un rôle de sensibilisation à travers la mise en place d’actions.

JL : Pour nous aider à nous approprier cette fonction, nous devons suivre une formation initiale dispensée en ligne par le CNRS et répartie sur 3 demi-journées. Celle-ci est nationale et nous avons dû attendre février 2026 pour la suivre. On y aborde comment reconnaître les violences sexistes et sexuelles, comment accueillir la parole et le schéma de signalement à activer si une personne se confie à nous. Le rythme est assez dense, avec beaucoup de notions à assimiler en peu de temps. Nous avons également été intégrées au réseau des référents égalité de la délégation aquitaine du CNRS. Celui-ci organise 3 réunions en ligne ainsi qu’une rencontre en présentiel chaque année, animées par l’association Coop-Egal. À ces occasions, nous discutons d’une thématique, nous échangeons des bonnes pratiques, des ressources nous sont mises à disposition et nous avons même des devoirs ! Par exemple, lors de la dernière réunion en présentiel sur le thème de l’écoute active, nous devions, en amont, écouter une série de podcasts afin d’en débattre ensemble le jour J.

 

Quelles sont les actions que vous souhaitez mettre en place dans ce cadre-là ?

OD : Aujourd’hui, notre priorité, c’est de nous faire connaître auprès des collègues de l’UAR POREA et de rendre visibles les dispositifs existants. Nous attendions d’avoir suivi la formation initiale au CNRS avant de lancer la moindre action afin de bien connaître le cadre dans lequel nous allons agir. La première chose à faire sera donc de mettre un signe distinctif sur notre porte de bureau pour signaler notre présence en tant que référente égalité, afin que les personnes sachent où aller et à qui s’adresser si elles ont un problème. Cependant, étant en open space, il faudrait aussi un espace dédié où l’on puisse aller pour discuter en toute confidentialité et où la parole est libre. Pour être identifiées, nous pouvons aussi envisager de mettre nos contacts dans le livret d’accueil des nouveaux entrants ou faire une présentation à l’occasion d’une assemblée générale POREA. Une fois que nous commencerons à être connues, nous pourrons proposer des actions plus concrètes d’information et de sensibilisation. Nous pouvons mettre en place des mails et un panneau d’affichage spécifique pour relayer les actualités du réseau, partager un guide de bonnes pratiques sur ce qui se fait ou pas, avoir un encart dans la newsletter et une page dédiée sur le site de l’OASU, mais aussi pourquoi pas plus tard animer un intermède. Un des messages clés qui me semble important à transmettre au plus tôt, c’est de faire comprendre que les mauvais comportements ne sont plus impunis et qu’ils entrainent des sanctions pouvant aller jusqu’à la révocation dans les cas les plus graves. Enfin, quand nous aurons plus d’expérience, nous pourrons organiser des ateliers. Nous avons par exemple la possibilité d’emprunter des jeux développés par le CNRS ou l’université de Bordeaux pour sensibiliser aux discriminations. Cela pourrait être intéressant d’organiser une session d’animation avec des collègues volontaires.

JL : Pour mettre en place toutes ces actions, nous avons un grand nombre de ressources qui sont mises à notre disposition par le CNRS mais aussi par l’organisme qui a assuré notre formation initiale. C’est assez varié, on y trouve des guides, des procédures, des listes de contacts des cellules de signalement, des exemples d’actions ou des conseils pour accompagner un collègue en difficulté. Cela nous sera très utile car tout est à construire dans notre unité. Nous pouvons aussi compter sur le réseau des référents égalité. On ne se connait pas encore tous pour le moment mais cela va se faire petit à petit naturellement. C’est rassurant pour nous de savoir que nous ne sommes pas seules et que si nous sommes confrontées à un problème, nous pourrons solliciter de l’aide auprès des autres membres. De plus, notre action n’est pas limitée qu’à l’UAR POREA. Notre force à l’Observatoire Aquitaine des Sciences de l’Univers, c’est que nous sommes plusieurs laboratoires. Nous pouvons envisager des actions communes avec les référents égalités d’EPOC et du LAB qui sont engagés dans cette mission depuis plusieurs années. Nous bénéficierons ainsi de leur expérience tout en maximisant notre force de frappe. Enfin, un autre avantage, c’est que si quelqu’un n’ose pas parler au référent égalité de son unité pour quelque raison que ce soit, il peut s’adresser dans notre cas à quelqu’un d’extérieur, ce qui est parfois plus rassurant.

 

Pourquoi avoir choisi de vous engager dans cette mission ?

OD : Pour moi, l’injustice dans sa globalité est insupportable. On ne devrait pas penser en termes d’homme et de femme mais plutôt en terme « d’êtres humains », plus englobant. Je ne comprends absolument pas pourquoi il existe des inégalités de genre ou envers les porteurs de handicaps. Peu importe la raison que l’on invoque, ce n’est pas entendable pour moi, que ce soit dans la vie personnelle ou professionnelle. En aucun cas, un quelconque statut ne devrait permettre de rabaisser une autre personne. Nous avons vu des études de cas terribles lors de la formation initiale, basées sur des faits réels, notamment des femmes qui témoignaient de violences sexuelles subies sur leur lieu de travail. De plus, alors que j’ai exercé plusieurs métiers très différents, j’ai moi-même été témoin dans ma carrière de blagues sexistes qui étaient admises même par les femmes. Ce sont plein de petites choses qui sont rentrées dans les mœurs et qui ne devraient pas. Nous sommes tous biaisés et nous pourrions être un peu plus critiques avec nous-mêmes sur ce sujet. Selon moi, l’égalité devrait être naturelle et si nous pensions « être humain », cela amènerait le respect sans exception. Or ce n’est malheureusement pas le cas à l’heure actuelle et cela me révolte.

JL : Les raisons qui m’ont poussée à m’engager sont les mêmes que celles d’Odile. Je n’aime pas les injustices comme tout le monde. De plus, étant moi-même une jeune femme évoluant dans un milieu scientifique assez masculin, j’ai aussi été témoin ou victime de certaines discriminations, ce qui est, vous vous en doutez, très agaçant. Dans mon cas, c’est par exemple de penser – et me le dire ! – que je ne suis pas capable de faire certaines tâches physiques ou techniques car je suis une femme. Je veux m’investir car je n’ai pas envie de continuer à être témoin de ces discriminations au travail envers les femmes telles que les inégalités salariales, les temps partiels subis ou l’accès aux postes à responsabilités plus difficile. La liste de ces injustices est assez longue et je veux œuvrer à mon échelle à les combattre. Nous avons assez banalisé ces atteintes.