
Quel est le quotidien d’un physicien ? Qu’est-ce qu’un SNO ? À quoi servent les données d’observation ? Autant de questions auxquelles nous allons essayer de répondre dans cet entretien.
Pouvez-vous nous présenter le SNO SOMLIT que vous pilotez et les observations qui y sont effectuées ?
Tout d’abord, il faut savoir qu’un SNO (Service national d’observation) est un dispositif national qui a pour objectif d’acquérir des données qui décrivent la formation, l’évolution et les variations de systèmes astronomiques ou des milieux terrestres. Celui que je coordonne est le SOMLIT pour Service d’Observation en Milieu Littoral. Il a pour but de comprendre et de caractériser l’évolution pluri-décennale des écosystèmes côtiers et littoraux marins. Il est présent sur une douzaine de stations marines et de laboratoires localisés en Manche, Atlantique et Méditerranée. Grâce à la coordination de ces structures, des échantillons d’eau sont collectés et analysés selon une méthodologie et une fréquence commune pour la mesure d’une vingtaine de paramètres marins, qu’ils soient chimiques, biologiques ou physiques. Si la plupart de ces paramètres sont mesurés uniquement dans les eaux de surface, tels que les teneurs en matières en suspension et en sels nutritifs, le pH, ou les abondances de plancton de petite taille, d’autres tels que, la température, la salinité, la fluorescence et la quantité de lumière sont mesurés des eaux de surface aux eaux de fond. Nous utilisons pour cela des « bouteilles » spécifiques permettant de prélever l’eau de surface et des sondes permettant de mesurer ces derniers paramètres de la surface au fond.
De plus, un SNO a pour mission de mettre à disposition de la communauté scientifique nationale ou internationale les données qui sont collectées. Le SOMLIT a construit sa démarche qualité en s’appuyant sur la norme ISO 17025 (permettant de garantir la fiabilité et l’exactitude des résultats) et attribue un code qualité à chaque donnée. Cela permet de garantir la fiabilité et l’exactitude des résultats.
À quoi servent les données que vous recueillez ?
Chaque donnée recueillie permet intrinsèquement de faire progresser la science et les savoirs. C’est pourquoi, le SOMLIT possède un site qui répertorie toutes ces données que nous avons mesurées. Pour pouvoir y accéder, il suffit simplement à l’utilisateur de remplir un formulaire en ligne en précisant son identité, pourquoi il souhaite avoir accès à ces valeurs et l’utilisation qu’il souhaite en faire.
D’un point de vue de la recherche, j’ai aussi encadré une thèse qui s’appuyait à 100 % sur les données SOMLIT. Le travail derrière la collecte de ces données est également partagé auprès de la communauté scientifique, à travers des publications scientifiques ou via des présentations dans le cadre de conférences ou de colloques. Les nouvelles connaissances acquises grâce aux données SOMLIT peuvent ensuite servir de support d’enseignement à la communauté étudiante et au grand public.
Avez-vous d’autres activités de recherche en dehors du SNO ?
Oui, bien évidemment. Il faut savoir que la coordination de SOMLIT occupe un tiers de mon temps environ. Le reste de mon quotidien, je pilote et participe à des projets de recherche comme par exemple une étude portant sur l’évolution des écosystèmes côtiers à long terme sous le prisme des bivalves (espèces de mollusques), comme miroirs des changements climatiques.
Est-ce que le réchauffement climatique a impacté vos activités de mesure ? Si oui, de quelle manière ?
En soi, le réchauffement climatique n’a pas changé la manière de mesurer lors de nos activités de recherche. Nous continuons à poursuivre la même méthodologie, c’est juste la valeur de la mesure qui est modifiée. Nous observons par exemple une augmentation de la température de l’eau.