© Eloïse Guillem
Suite à sa réussite à un concours du CNRS, Éloïse Guillem a intégré l’Observatoire Aquitain des Sciences de l’Univers (OASU) le 1er décembre 2025, en tant qu’ingénieure de recherche en calcul scientifique. Spécialiste du traitement d’images, du calcul intensif et de l’intelligence artificielle, elle met aujourd’hui ses compétences au service des chercheurs pour les accompagner dans l’exploitation de leurs données de recherche.
Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours ?
Je m’appelle Éloïse Guillem et je suis ingénieure de recherche en calcul scientifique. J’ai fait toutes mes études supérieures à l’université de Bordeaux où j’ai obtenu en 2020 un master en Mathématiques appliquées et statistiques avec une spécialisation en Modélisation mathématique du signal et des images. L’objectif de cette formation était de nous former au codage et à la résolution de problèmes de traitement d’images (respectivement signal et/ou vidéo). Pour donner un exemple, sur le logiciel Photoshop, il y a une multitude d’outils pour modifier une photo comme enlever le flou ou changer une couleur. Mais pour arriver à ce résultat, il a fallu coder des équations pour réaliser cette tâche et c’est ce type de compétence que j’ai acquis durant mon master. J’ai choisi de suivre ces études car elles me permettaient d’allier deux passions : les mathématiques et le cinéma. Je suis en effet une grande fan de science-fiction comme le montre la décoration de mon bureau !
Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai intégré le centre INRIA (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) de l’université de Bordeaux. J’y suis restée environ 4 ans, d’abord comme ingénieure en développement de logiciel, puis comme data scientist. Au début de ma carrière, j’ai principalement accompagné les chercheurs de l’institut dans le développement de logiciels, dans la maturation de leur code et dans la résolution des problèmes techniques qu’ils pouvaient rencontrer. Je garde en mémoire l’exemple d’une équipe de recherche qui utilisait le même code depuis 10 ans mais qui ne tournait que sur leurs ordinateurs. J’ai dû me mettre à la place d’un utilisateur externe pour comprendre pourquoi ce logiciel ne fonctionnait pas en dehors de ce cercle restreint. Une fois la solution trouvée, j’ai pu rédiger un tutoriel pour expliquer comment s’en servir en dehors de l’équipe. C’est parfois ce qui est le plus difficile dans ce métier : s’assurer que tout le monde se comprenne et parle la même langue.
Quelles sont vos missions à l’OASU ?
Je suis arrivée le 1er décembre 2025 à l’OASU, pour travailler dans le domaine du calcul scientifique, au sein de l’équipe de développeurs de l’Unité d’Appui et de Recherche « Pluridisciplinarité au service de l’Observation et de la Recherche en Environnement et Astronomie » (UAR POREA). En effet, les chercheurs de l’observatoire utilisent des millions de données pour leurs recherches et un ordinateur classique ne suffit pas à les traiter. Il existe donc des structures spécifiques pour répondre à ce besoin avec des « super-ordinateurs », ou « super-calculateurs », dotés d’une haute puissance de calcul et d’une grande capacité de stockage. C’est le cas par exemple du Mésocentre de calcul intensif aquitain (MCIA), qui est une unité de service de l’université de Bordeaux à disposition des chercheurs. De plus, chaque machine a sa spécialité et va être plus ou moins adaptée pour traiter un type de donnée (vidéos, images, données chiffrées dans des tableaux, etc.).
Mon rôle va donc être de m’approprier cet outil pour guider les collègues et leur permettre de l’utiliser eux-aussi. C’est le principe même du métier d’ingénieur : essayer de comprendre le besoin et se mettre à la place des utilisateurs pour les accompagner au mieux. C’est pour cela que l’une des premières étapes de mon intégration a d’abord été d’aller à la rencontre des collègues pour voir comment ils travaillaient et les sujets sur lesquels je pouvais les aider.
Une autre de mes missions est d’animer la commission calcul scientifique de l’OASU. Elle regroupe une fois par mois toutes les personnes qui travaillent dans ce domaine dans les différentes unités de l’Observatoire. Le but est d’avoir un temps d’échanges sur nos missions et bonnes pratiques mais aussi de pouvoir s’entraider si l’un d’entre nous rencontre un problème technique qu’il n’arrive pas à résoudre. La prochaine commission fin février portera d’ailleurs sur les super-calculateurs du MCIA et comment notre communauté peut les utiliser.
Enfin, à long terme, nous souhaitons proposer un « Wikipédia » de l’OASU que chacun pourrait alimenter, compléter ou modifier. Cela permettrait d’avoir une documentation commune et accessible à tous au sein de l’Observatoire, comprenant aussi bien des tutoriels d’utilisation ou de résolution de problèmes sur certains logiciels que des listes de ressources utiles ou encore de partage de bonnes pratiques.
Pourquoi avez-vous voulu travailler à l’OASU ?
Cela faisait plusieurs années que j’enchainais les CDD à l’INRIA. J’avais donc des missions avec des objectifs à court terme. Je voulais travailler sur des projets différents et les suivre sur le long terme pour améliorer le code, former les utilisateurs ou voir si un logiciel sur lequel j’avais travaillé était vraiment utilisé. Toutes ces choses n’étaient pas possibles et mon travail pouvait parfois manquer un peu de sens. Quand j’ai vu ce concours du CNRS pour ce poste d’expert en calcul scientifique, j’ai donc tout naturellement candidaté. J’ai été lauréate en octobre 2025 et je suis, depuis ma prise de poste, fonctionnaire stagiaire avant la titularisation au bout d’un an.
De plus, postuler à POREA avait aussi l’avantage de me permettre de renouer avec une de mes passions qui me manquait dans ma vie professionnelle. En effet, de nombreux chercheurs utilisent des images comme données et je n’avais pas eu jusque-là l’occasion de travailler avec ce média alors que j’ai fait des études pour ! Durant ces dernières années, je me suis plutôt spécialisée sur l’Intelligence Artificielle (IA) qui est devenue incontournable en très peu de temps. Je pourrai mettre à profit également cette expérience à l’OASU car l’IA peut être très utile dans le traitement de données massives. Je pourrai ainsi aider et accompagner mes collègues qui se demandent comment bien l’utiliser dans leurs recherches.
Quelles sont vos premières impressions ?
Je dirais que les chercheurs des différentes entités de l’OASU ne s’en rendent pas compte car ils travaillent sur des sujets différents, mais ils ont tous les mêmes questions : Comment traiter au mieux leurs données ? Comment utiliser un super-calculateur ? Comment ces machines peuvent les aider dans leurs recherches ? C’est pour cela qu’il est important pour moi de développer ce « Wikipédia » de l’OASU pour que tout le monde ait accès aux mêmes ressources et que nous parlions toutes et tous le même langage.
D’un point de vue professionnel, le fait d’être stagiaire de la fonction publique change la temporalité des projets je trouve. Contrairement à un CDD qui a une date de fin, mon nouveau statut permet d’être moins pressée qu’avant et les collègues sont moins dans l’urgence avec moi. Ils ne se disent plus qu’il faut faire les choses au plus vite avant que mon contrat se termine. C’est aussi très agréable pour moi de pouvoir bien me poser pour analyser une situation et proposer des réponses appropriées.
Enfin, l’ambiance est bonne et correspond à ce que j’attendais. Les collègues sont gentils et se rendent disponibles pour m’aider si j’ai la moindre question. Je suis également libre de proposer des actions. Si j’ai une idée, on en discute tous ensemble avec l’équipe pour voir si elle est bonne et si on peut explorer cette piste ou non. C’est donc très positif !
Article co-écrit avec Charline Lopez Billebaud, stagiaire de 3ème à l’OASU